
« Chère présidence,
Merci d’avoir pensé à m’envoyer une lettre, il fallait pas. Alors moi aussi j’ai décidé de t’écrire. Comme ça tu ne pourras pas te dire, le moment venu, « si j'avais su ».
Aujourd’hui, j’ai 29 ans et des goûts simples.
J’aime boire de l’eau sans avaler des PFAS et manger sans m’empoisonner à l’acétamipride. Alors si tu voulais me parler d’avenir, tu pourrais commencer par renoncer à la loi Duplomb, celle qui nous engage dans un modèle agricole funeste au mépris des alertes scientifiques.
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et j’aime le respect.
Alors si tu voulais vraiment me parler d’avenir, tu pourrais t’excuser auprès des « gens qui ne sont rien » et des « sales connes ».
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et j’aime être honnête.
Alors si tu voulais vraiment me parler d’avenir, tu irais chercher « le pognon de dingue » là où il est vraiment : en votant la taxe Zucman. Car aujourd’hui, les milliardaires payent deux fois moins d’impôts que la moyenne des Français.
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et j’aime les environnements sûrs.
Alors, si tu voulais vraiment me parler d’avenir, tu pourrais être le « Champion de la Terre » que tu as promis d’être, plutôt que d’autoriser le chantier de l’A69, de réautoriser l’artificialisation des sols, d’amputer l’ADEME, l’agence bio, l’OFB, le Fonds vert, et de démanteler les institutions en charge du droit de l’environnement.
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et j’aime les services publics.
Alors si tu voulais vraiment me parler d’avenir, tu pourrais cesser d’affaiblir l’hôpital public (tu sais, celui qui est « rempli de Mamadou »). Les soignants méritent mieux que des médailles : ils méritent des moyens, à commencer par les 43 500 lits d’hospitalisation supprimés en une décennie.
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et j’aime vivre dans une démocratie lisible.
Alors si tu voulais vraiment me parler d’avenir, tu pourrais cesser de gouverner à coups de 49.3, et respecter les résultats des élections, même quand elles n’arrangent pas tes affaires.
Aujourd’hui, j’ai 29 ans, et je pense à la génération suivante.
Alors si tu voulais vraiment me parler d’avenir, tu pourrais lui garantir de naître dans de bonnes conditions : lutter contre les perturbateurs endocriniens qui réduisent la fertilité, assurer une place en crèche publique, rétablir les 4 000 postes d’enseignants que tu as supprimés, et faire en sorte que fonder une famille ne soit ni un luxe, ni un tableur budgétaire de l’angoisse.
Parce que l’avenir, ce n’est pas de « réarmer démographiquement » dans un système pensé ni pour les jeunes, ni pour les parents, ni pour les enfants. Aujourd’hui, vous nous demandez de créer la vie dans un monde rendu invivable.
Tu veux nous demander de faire des enfants ? Revois ta copie d'abord.