Analyse
22.04.2026
Par
Sixtine Guellec
À New York, le maire socialiste Zohran Mamdani vient d'annoncer une surtaxe sur les résidences secondaires de luxe laissées vides. La réaction des concernés, entre panique et indignation, en dit long.

Il y a des mesures qui se défendent toutes seules. Pas parce qu'elles sont parfaites, pas parce qu'elles font l'unanimité, mais parce que leurs opposants font un travail de lobbying involontaire et remarquable en leur faveur. La taxe sur les résidences secondaires de Zohran Mamdani, maire socialiste de New York, est de celles-là.

Le principe est simple : une surtaxe annuelle sur les biens immobiliers résidentiels de plus de 5 millions de dollars qui ne constituent pas la résidence principale de leur propriétaire. Autrement dit, ces appartements de luxe qui dorment vides la majeure partie de l'année pendant que la ville suffoque sous la pression locative. Objectif affiché : 500 millions de dollars récoltés chaque année pour financer la garde d'enfants gratuite, des rues plus propres, des quartiers plus sûrs.

Vidéo d'annonce de la taxe postée sur le compte instagram du maire de N.Y. @zohrankmamdani

Un casting de plaignants difficile à apitoyer

Pour illustrer à qui s'adresse concrètement la mesure, Mamdani n'a pas fait dans la métaphore. Il a cité des noms. Ken Griffin, PDG du fonds spéculatif Citadel, qui a déboursé 238 millions de dollars en 2019 pour un penthouse à Midtown Manhattan, un record national à l'époque, tout en résidant à Miami.

Alexander Varshavsky, concessionnaire automobile russe, propriétaire d'un appartement à 20 millions de dollars à Columbus Circle. Mais la liste ne s'arrête pas là. Jeff Bezos, domicilié à Miami, possède plusieurs appartements à New York, dont un penthouse de 1 600 m² sur la 5e Avenue. Michael Dell, domicilié à Austin, est propriétaire d'un penthouse de 1 000 m² acheté 100 millions de dollars. Eric Schmidt, domicilié en Californie, détient un penthouse dans le quartier de Flatiron. Au total, environ 13 000 propriétés de luxe sont concernées par la mesure.

Ce sont ces profils-là, des milliardaires qui utilisent l'immobilier new-yorkais comme placement financier tout en profitant de la sécurité, de la stabilité et du rayonnement de la ville sans contribuer à ses finances, que Mamdani entend faire payer.

Et les réactions ne se sont pas faites attendre. Donald Trump a dénoncé une politique totalement erronée en hurlant qu'il « détruit New York ». Jason Calacanis, investisseur en capital-risque et figure de la tech, a crié à la « guerre de classes » depuis Austin, où il a lui-même déménagé en 2024. Dans un élan de cohérence saisissant, il s'est dit « tenté de revenir sauver la ville » et a flirté publiquement avec l'idée d'une candidature à la mairie. Linda Yaccarino, ancienne PDG de X, a qualifié la vidéo d'annonce de Mamdani de « l'une des choses les plus effrayantes qu'elle ait vues », avant de promettre son aide enthousiaste à Calacanis. 

Il y a une règle empirique en politique : on reconnaît une bonne mesure à ceux qu'elle met hors d'eux. Et quand les ultra-riches s'affolent à ce point, c'est le meilleur baromètre qui soit.

Il n'y a pas tout ce que vous voulez, aux Champs-Élysées

L'histoire serait presque réjouissante si elle ne renvoyait pas, en miroir, à une réalité française bien moins avancée. À Paris, le tableau est saisissant. Selon les données de l'Apur et de la DRIEAT (direction régionale et interdépartementale de l'environnement, de l'aménagement et des transports d'Île-de-France), près d'un logement sur cinq est inoccupé dans la capitale, soit environ 300 000 logements selon la Ville elle-même, dont la moitié sont des résidences secondaires. Dans les arrondissements les plus huppés, le 1er, le 6e, le 7e et le 8e, ce taux dépasse les 30%. Le nombre de logements inoccupés progresse de 7 000 par an.

Part des logements inoccupés dans le total des logements ©apur.org

Derrière ces chiffres, une réalité de concentration massive : des « maxi propriétaires », ceux qui détiennent cinq biens ou plus, concentrent 40% des logements privés parisiens et 58% des locations. Un chiffre cité par le maire lui-même, Emmanuel Grégoire, lors du premier Conseil municipal de son mandat en avril 2025. Depuis 1945, le nombre de logements disponibles à la location à Paris a été divisé par trois, passant d'un million à 350 000 en 2024.

La bonne nouvelle, c'est que Paris commence à bouger. Le nouvel exécutif socialiste vient d'annoncer le doublement de la taxe sur les logements vacants dès 2027 : elle passera de 17% à 30% de la valeur locative cadastrale la première année de vacance, et de 34% à 60% la deuxième. « Alors vendez ou louez, vous ferez des heureux ! », a lancé Jacques Baudrier, adjoint PCF au maire de Paris chargé du Logement lors du Conseil. Un signal, enfin !

Ce qui se passe à New York n'a rien de l'utopie. Comme Paris, la ville baigne dans les contradictions du capitalisme tardif. La différence, c'est que son maire nomme ses ennemis et assume ses choix. La taxe Mamdani est imparfaite, contestable, déjà attaquée par une armée de fiscalistes, mais qu'importe : elle a le mérite d'exister. À Paris, les outils existent, les diagnostics aussi, et ce qui manque, c’est juste l’audace de trancher.

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