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L'impôt sur le revenu ? Une invention qu'on doit à nos chers voisins britanniques. En 1799, William Pitt, plus jeune premier ministre britannique (nommé à seulement 24 ans), instaure l'« Income Tax » pour une raison bien précise : financer l’armée et le développement de la Royal Navy pour battre Napoléon. Pas de grand idéal redistributif, juste une vieille rivalité franco-britannique bien huilée, celle-là même qui nous a valu nos surnoms réciproques : « rosbifs » pour eux, « frogs » pour nous. En 1909, rebelote : le Royaume-Uni instaure une « super taxe » visant les plus riches, à la fois pour financer l’effort de guerre et améliorer le bien-être du plus grand nombre. Après la Seconde Guerre mondiale, l’imposition des hauts revenus dépasse même les 90 %, puis vient le tournant libéral, et patatras : aujourd’hui, le taux maximal plafonne à 60 % pour les revenus supérieurs à 100 000 livres.
Présenté comme un symbole de l’apocalypse économique, l’impôt sur la fortune norvégien – le formuesskatt – est le bouc émissaire favori des libéraux. Depuis 1982, la Norvège prélève un impôt sur la fortune de 1% sur les patrimoines supérieurs à 150.000 euros, et de 1,1% pour ceux dépassant 1,7 millions d’euros. Tout cela rapporte près de 3 milliards d'euros à l’État et permet d’alimenter les services publics norvégiens. Renforcée en 2022, l’impôt sur la fortune est même désormais accompagné d’une « exit tax » bien salée pour refroidir les envies de départ. Résultat : près de 12% de la population y est soumise. Et le pays ne s’est toujours pas transformé en zone sinistrée post-capitaliste. Curieux, dis-donc…
Pendant près d’un siècle (1911-2007), la Suède a maintenu un impôt sur la fortune, qui ferait faire une syncope à n’importe quel ultra-riche de droite : jusqu’à 4 % sur le patrimoine des plus aisés, et des taux marginaux flirtant avec les 90 % dans les années 80. Derrière ça, une idée assez simple : le folkhemmet – littéralement la « la maison du peuple » – dont l’objectif est d’assurer à tout le monde une vie décente avec des services publics solides. Finalement, l’exact opposé du rêve américain (qui promet le jackpot… ou le néant absolu). Juste un pays qui a choisi le confort collectif plutôt que la loterie sociale. Bingo !
Vous ne rêvez pas : le pays de Wall Street et du capitalisme décomplexé a pendant près de 50 ans taxé les plus riches à plus de 70%, avec des pics au-delà de 90% sous Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale. Jusqu'à ce que Reagan débarque au pouvoir en 1981… et tronçonne tout sur son passage : les taux passent alors de 70%… à 50%...et même à 28%. Depuis, les inégalités ont suivi la trajectoire inverse… mais même les systèmes les plus verrouillés finissent par craquer. Le 15 avril 2026, journée baptisée « Happy Tax Day New York », le maire démocrate Zohran Mamdani a annoncé taxer les pieds-à-terre vacants d’une valeur supérieure à cinq millions de dollars. Après cette taxe, il souhaite même désormais augmenter les impôts sur les revenus de plus d’un million de dollars. Comme quoi, tout n’est pas encore foutu… même au pays de Trump.
L'Espagne est l'un des seuls pays de l'UE à avoir conservé son impôt sur le patrimoine depuis sa création en 1977 (le fameux Impuesto sobre el Patrimonio, qui frappe le patrimoine net des personnes physiques). Suspendu 3 ans après la crise de 2008, il a été réactivé puis renforcé en 2022 pour cibler les plus riches. L'impôt sur la fortune en Espagne ressemble à un personnage de télénovela : on l'enterre, il revient, encore plus déterminé qu'avant !
Eh oui, en France aussi ! En 2012, François Hollande instaure une taxe exceptionnelle de 75 % sur les revenus dépassant un million d'euros par an. Une mesure hautement symbolique, mais qui a duré seulement deux ans. Cette supertaxe avait suscité des débats enflammés. Ce qu'on retient ? Que c'était possible, que ça a existé, mais qu'on a choisi de ne pas continuer dans une France qui ne cesse d’accumuler les baisses d’impôt et de privilégier les riches…